Mon travail, à travers son thème du passage, ses motifs et techniques employés explore les limites qui font ou défont l’intérieur et l’extérieur d'espaces réels ou imaginaires, en interroge les définitions, limites, interactions, codes, mémoire et rapport au temps. Au départ, assemblage de matériaux similaires et résultat d’un processus alternatif de construction/déconstruction, mes ouvrages sont devenus au fil du temps plus informels et sculpturaux se rapprochant plus d’un système dissociatif/associatif d’images, d’idées, de symboles contemporains comme d'éléments autobiographiques ou liés à mon environnement comme par l’emploi de cladodes ou gousses de féviers. 

        Suivant cette même technique de libre assemblage, je procède autant par opposition que par analogie, par exemple de la forme, comme dans l'installation "Dos à Dos" où le quartier de cercle d'une échographie répond à celui d'une portion d'un diagramme circulaire. Ces dernières années je me suis tout particulièrement intéressée et consacrée, à la réalisation d‘installations où les divers composants matériels ou immatériels, souvent dissonants et antinomiques, trouvent, une fois assemblés, au delà de leurs oppositions des correspondances entre eux leur donnant  une unité à l'harmonie  paradoxale car mettant en cause leurs sens et définitions. Ainsi dans l'installation "Bonheur", les différentes lettres du mot bonheur sont matérialisées par des couronnes mortuaires de fleurs artificielles aux couleurs bigarrées, bousculant de ce fait, son rapport signifiant/signifié initial: son sens y devient multiple et incertain alignant dans un même visuel les concepts opposés de félicité/vie et perte/mort.

      Ce procédé d'assemblage, participant aussi au processus d'alliage (soudure , couture , collage etc...) permet une vision à la fois d'ensemble et sélective des différents composants de l'installation où chaque élément, tout en restant distinct, s'allie au tout. Suivant ce même système, l’emploi de structures démontables à échelle humaine (voir gwengerard.fr/tentes ) utilisées pour la construction de volumes associe la.e  spectateur·ice à l'installation dans son déplacement devenant, par cet acte, intervenant.e. Ainsi dans "Inex", en se joignant à la forme  elle·il  en change les rapports contenant/contenu, intérieur/extérieur ou bien encore, c'est  par son implication active dans "Worm Langage" que l'installation trouve  sa finalité.

       

    Compte tenu de l’emploi de différents médiums comme la vidéo, la multiplicité des éléments, la variabilité des associations sujet/objet, l’équivocation du récit, les systèmes de construction sous forme de kit prêt à l'assemblage, l'échelle, mes installations s'inscrivent avant tout dans le mouvement. Tout en suivant le même procédé d'assemblage elles peuvent se transformer pour s’articuler avec cet autre élément: l’espace dans lequel elles sont présentées. Ainsi, lors de mon exposition “Partie de/Part Of(f)", certaines installations comme Paysage Sélénien ont été complètement décomposées et recomposées pour s’intégrer à la salle d’exposition et répondre à la forme octogonale du lieu. Au cours de cet événement, chaque installation a été traitée comme un élément faisant partie d'une boucle avec une absence de chronologie, de début et fin. 

      Par son point de vue, sa participation, son regard, son corps, son histoire, sa position, ses déambulations  la.e  spectateur.ice / intervenant.e décide de la jonction et de l'ordre des différents éléments des installations pour les transformer, et leur donner un sens et un récit qui lui est propre.

    Etant aussi art-thérapeute, cette fonction m'amenée à questionner, dans ma pratique artistique ce possible parallèle entre construction identitaire et construction de l'espace  et à interroger de façon générale notre positionnement .